Analyse d'images·Réflexions transverses

« Ceci n’est pas une pipe » Magritte, 1929.

Pourquoi Magritte ? J’ai toujours été attirée par cet artiste belge, tout comme par l’écrivain anglais Lewis Caroll. Une espèce de magie du même ordre, un grand mystère, émanent de ces deux artistes bien que l’un soit peintre, l’autre écrivain. Qu’importe. Je pensais leur art incroyablement onirique. En étudiant la question, j’ai découvert au contraire que cet art illustrait en partie ce qu’il y a de plus réel en ce monde : le langage.

« Ceci n’est pas une pipe ».

Il s’agit en effet de la représentation d’une pipe, et non pas de l’objet lui-même ! Le mot chien peut-il mordre ? De même que l’image d’une pipe ne peut se fumer… Magritte ici fait intervenir deux acteurs fondamentaux : le magicien et le sémioticien. Le magicien pense que la frontière entre les signes et les choses n’est pas nette : les mots font déjà partie des choses, tandis que le sémioticien fait la distinction entre les signes et les choses. Toute la subtilité de l’œuvre de Magritte réside dans cette proposition : une œuvre qui à première vue semble « magique » est somme toute de type « sémiotique ».

Les tableaux de Magritte entretiennent une relation privilégiée avec les mots, le langage sont ces « tableaux alphabets ». L’artiste part d’une idée qu’il transcrit dans l’image. C’est en ce sens que l’on peut considérer Magritte comme un peintre littéraire, dans le meilleur sens du terme. Il est peu aisé de déchiffrer les titres de Magritte car il remplace le lien logique entre mot et image par un lien qui n’est ni logique, ni interprétatif, ni explicatif. Ce sont des « mots pour des images », du même ordre que la publicité sait assembler les mots avec des images. La démarche de Magritte, d’ailleurs, relève dans une certaine mesure du même ordre que celui de la « peinture publicitaire » : dans le cas de la publicité comme dans le cas de la peinture surréaliste de Magritte, nous est offert quelque chose qui est à la fois une simulation et un succédané, c’est-à-dire l’apparence au premier coup d’œil.

L’œuvre de Magritte s’efforce ainsi à coupler le mystère avec la logique. Démolir le sens courant des choses, mais surtout des mots. Nous perdre dans nos certitudes linguistiques et culturelles. Tels sont les objectifs communs de Lewis Caroll et de Magritte. En un sens, le plus grand mystère réside dans la représentation que nous avons des images des mots et non pas de leur signification puisque leur signification découle de l’interprétation que tout un chacun se fait de ceux-ci.

M.G – Novembre 2000.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s