Analyse d'images·Réflexions transverses

Le paysage fantôme, Magritte, 1928

« La forme ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse est la pensée… Je suis intéressé par l’éthique, non par l’esthétique ». Magritte

Magritte n’avait gère le goût du fantastique et du monde des rêves. Son but était plutôt, en créant la surprise de la découverte d’une image singulière, de conduire le spectateur à s’interroger sur ses propres habitudes visuelles. Les images de Magritte témoignent, entre autres, qu’il n’y a pas de relation évidente entre ce qu’est l’objet et le nom qu’on lui donne, et qui ne représente jamais ce qu’est « réellement » l’objet. Magritte joue avec les mots et abuse de ce qu’appelle le linguiste Jakobson « la fonction poétique » (c’est-à-dire l’adéquation entre le texte et l’image).

L’oeuvre de Magritte entretient dont un rapport très important avec la sémiotique, c’est-à-dire « la science de la production de sens (dont fait partie le langage) ». Le paysage fantôme (1928) illustre parfaitement cette approche. Cette oeuvre issue de la série des 17 « tableaux alphabets » témoigne d’une logique astucieuse insoupçonnable à première vue.

Dans ce tableau, l’image a une valeur plastique, sémiotique et symbolique. Il s’agit d’une femme des plus banales mais sur laquelle est inscrit le mot « montagne ». Deux explications s’imposent : l’une est de type psychologique, l’autre sémiotique.

431913275

1/ Magritte, un peu comme Freud quand il analyse les rêves, note cette remarque d’évidence aveuglante que sur un support donné, mots et images sont de la même substance : ils sont peints tous les deux. En réalité, le mot « montagne » est ici peint sur le visage de la femme et, à cet égard, n’est pas exactement peint. La relation texte/image est regarder de près : « montagne » n’est pas peint directement sur le visage mais sur un support plat comme le visage. En effet, on peut noter que le mot « montagne » n’est pas déformé comme il l’aurait été s’il avait été peint sur un visage « matérialisé » par la peinture.

2/ Magritte joue avec « l’arbitraire du signe » (ce qui fonde la capacité à parler) : le mot « femme » est une convention. On sait à quoi se réfère ce mot mais Magritte appelle la femme, « montagne ». Il sabote de la sorte les nécessités langagières et réinvente l’arbitraire du signe.

Une réflexion au sujet de « Le paysage fantôme, Magritte, 1928 »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s